
La démystification du vrai et du faux.
Depuis quelques années, les gens cherchent à améliorer leur alimentation, que ce soit par la recherche de produits biologiques ou par un retour à des aliments plus frais et plus épurés. Les animaux de compagnie, qui font maintenant partie intégrante de plusieurs familles québécoises, n’échappent pas à cette nouvelle vague de naturel. Plusieurs commerçants l’ont bien compris et depuis quelques années, les choix de nourritures pour animaux de compagnie dites «holistiques» ont inondé le marché. Mais savons-nous vraiment ce que contiennent ces produits?
Voici quelques exemples d’information véhiculée par plusieurs réseaux, certains vrais et prouvés scientifiquement, d’autres qui n’ont pas d’étude à l’appui ou encore carrément faux. Ce texte a pour objet d’aider le consommateur à avoir un regard plus critique et objectif sur ce qu’il donne à manger à son compagnon à 4 pattes.
Pour commencer, il faut savoir que le marché de la nourriture pour animaux de compagnie est un marché très lucratif de plusieurs milliards de dollars annuels. L’AAFCO est l’organisation qui gère la nomenclature utilisée sur les sacs pour décrire leur contenu. Le mot «holistique» maintenant utilisé en nutrition ne figure pas encore dans la liste des mots utilisés par L’AAFCO, ce qui veut dire que l’utilisation de ce mot ne comporte aucune règle ou définition de son sens.
Pour le moment, n’importe quelle compagnie pourrait écrire «holistique» sur ses sacs de croquettes sans avoir rien de naturel ou de biologique à l’intérieur, ni même avoir une nourriture bien balancée et équilibrée pour les chiens. Sur le marché actuel, seul le sigle «USDA organic» est officiellement reconnu et utilisé par des compagnies américaines. Malheureusement au Canada, aucun sigle équivalent n'existe pour le moment. Il est donc impossible de savoir si les aliments contenus dans les croquettes sont réellement biologiques, peu importe l'information inscrite sur le sac.
Le Taux de protéines
Plusieurs compagnies ont misé sur le fait que leur nourriture contient un taux plus élevé en protéines, donc en viande, et que cela est bénéfique pour le chien. Une croyance populaire veut que le chien soit carnivore et soit physiologiquement conçu pour ne manger que de la viande. Selon les recherches faites jusqu’à maintenant sur l’anatomie canine, il serait plutôt l’heureux mélange entre un carnivore et un herbivore.
Les prémolaires (absentes de chez les chats, carnivores stricts) sont utilisées par les chiens pour broyer les grains, remplis d’oméga 3, de vitamines et d’acides aminés essentiels à leur métabolisme. De plus, leur tube digestif est plus long que celui d’un carnivore mais plus court que celui d’un herbivore. La longueur du tube digestif est en relation directe avec la digestion des aliments. Le chien peut donc digérer les grains autant que la viande.
Si l’alimentation globale du chien est trop riche en protéines, non seulement il lui manquera certains acides gras essentiels, mais il aura un débalancement entre le phosphore et le calcium, ce qui peut causer de sérieux problèmes de santé.
Les grains
L’idée d’enlever le maïs ou le blé de la ration du chien est fondée sur des études en nutrition humaine qui ne sont pas reproduites en nutrition animale. La majorité des chiens digèrent aisément le maïs et le blé, et les grains ne sont pas la principale cause d’allergie alimentaire de cette espèce (moins de 1 % des allergies alimentaires canines).
De plus, les glucides chez l’animal ne sont pas une cause de diabète comme chez l’homme, c’est plutôt l’obésité qui provoque cette maladie. Les glucides ne sont pas les principaux responsables de l’obésité canine, mais plutôt les surplus de graisse contenus dans les viandes de mauvaise qualité. Les céréales sont essentielles pour lier les autres aliments et créer une croquette ferme. Étonnamment, le maïs est le grain le mieux digéré par l’espèce canine, contrairement à la patate qui est la moins digestible et la moins riche en vitamines et minéraux. Le maïs contient aussi une quantité importante d’acide linoléique, essentiel pour garder une peau saine.
Les listes d’ingrédients
Pour ce qui est des viandes, beaucoup de consommateurs se fient au fait que la viande soit mentionnée en premier dans la liste des ingrédients. En fait, l’ordre des aliments est déterminé par le poids, donc si on pèse un morceau de viande fraîche (avec son eau) et un morceau de viande séchée, pour avoir le même poids, il faut beaucoup plus de viande séchée, car c’est l’eau de la viande qui pèse lourd.
Si la compagnie pèse la viande avant de la déshydrater, elle est au tout début de la liste des ingrédients, mais un fois déshydratée, la quantité va diminuer radicalement par rapport aux autres ingrédients…. Et cela n’est nullement indicateur de la qualité de la protéine utilisée.
Les sous-produits
Dans la nomenclature nutritionnelle, un autre détail vient fausser nos bonnes intentions. Le terme «sous-produits » est très mal perçu pour la majorité des consommateurs, car il se rapporte dans notre esprit à des produits de moindre qualité. Or il en est tout autrement. Pour la viande de poulet, le terme «sous-produits» désigne les viscères, les œufs non développés (l’œuf est considéré comme une source de protéine idéale, car 100 % digestible et 94 % biodisponible), le cou et les pattes, sans les os et les plumes.
Chez les animaux sauvages, les viscères sont les premières parties de la proie qui sont consommées car elles ont une grande appétence (plus que le muscle lui-même) et sont plus nutritives. Donc, les sous-produits seraient une source de protéine de meilleure qualité que les produits eux-mêmes. Il est donc faux de penser donner une bonne qualité de nourriture à son chien parce que le premier ingrédient de la liste est «poulet».
Les agents de conservation
Le choix d’utiliser ou non des agents de conservation dans les aliments est une décision où il faut prendre en compte plusieurs points. Premièrement, les agents de conservation servent à conserver les huiles et les gras qui s’oxydent très rapidement. S’il n’y a pas d’agent de conservation pour limiter l’oxydation, la nourriture devrait être conservée au réfrigérateur et être consommée dans la semaine.
Pour la plupart des propriétaires de chiens, les sacs de nourriture sont conservés à la température de la pièce pendant parfois plusieurs mois avant de changer de sac. Après quelques jours, s’il n’y a aucun agent de conservation, la nourriture contiendra plus d’agents oxydants que d’antioxydants! Plusieurs études on prouvé que le BHA (agent de conservation souvent nommé) est très efficace à très faible dose, aussi peu que moins de 200ppm. Il a été démontré que même à 13000ppm, le BHA était sécuritaire pour le chien (65 fois la dose règlementaire).
La cuisson
Pour ce qui est de la cuisson au four versus l’extrusion : l’extrusion est une technique moderne de cuisson des croquettes pour animaux, utilisée pour la fabrication de la plupart des nourritures sèches. L’avantage étant d’avoir un plus gros volume, moins de temps et de chaleur à la cuisson. La chaleur est une cause importante de destruction des nutriments.
C’est pourquoi le changement de la cuisson au four vers une cuisson moins chaude et moins longue a été une grande amélioration dans la qualité de la nourriture offerte sur le marché. Le retour à une cuisson au four n’est qu’un outil de marketing, car aucun avantage nutritionnel n’y est associé.
La nourriture crue
La nourriture crue est un sujet plutôt controversé dans le milieu vétérinaire. Il est intéressant de noter que le précurseur de la nourriture BARF (Bio Actif Raw Food) est un vétérinaire. Il est vrai que la nourriture crue peut être plus digestible que la viande cuite pour plusieurs individus. Par contre, cette façon de nourrir son chien ne convient pas à tout le monde.
Il faut comprendre que faire cuire la viande n’est pas juste une question de goût. La cuisson est un moyen efficace d’éliminer les bactéries comme Salmonella, E.Coli, Listéria et autres. Pour le cas de Salmonella, les chiens sont moins sensibles que l’homme à ses effets sur le système digestif. Par contre, le chien peut rester porteur de la maladie et excréter la bactérie dans ses selles pendant 14 jours après l’ingestion, sans être malade lui-même. Le danger est plus pour les humains qui le côtoient (principalement les enfants, personnes âgées, femmes enceintes ou personnes immunodéprimées). Au Québec, 93 % des diètes crues à base de poulet sont contaminées par Salmonella.
Le choix de la viande crue est important et le poulet serait par conséquent à éviter. Aussi, une bonne nourriture est basée sur l’équilibre des nutriments. La viande ne doit pas être donnée seule. Il existe plusieurs recettes « maison »
pour bien balancer les rations des chiens, mais cela demande beaucoup de temps et d’énergie pour maintenir l’exercice tous les jours. Aussi, il est souvent très couteux de se procurer les ingrédients nécessaires à une alimentation équilibrée. Malheureusement les études actuelles démontrent que plusieurs animaux mangeant du cru, ont des carences en minéraux et en vitamines, ont un surplus en énergie, en graisse, en phosphore et en calcium et ont un plus haut risque de fracture dentaire, de corps étrangers et d’infection cliniques.
Conclusion
Il est difficile de faire un choix éclairé, avec tout ce qui est véhiculé sur le sujet de l’alimentation canine. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour que ce marché soit règlementé de façon fiable. Pour le moment, le rôle du professionnel de la santé animal est primordial, car sa compétence scientifique en nutrition peut vous aider à faire un choix objectif et sûr. Le but ultime est d’améliorer la longévité et la qualité de vie de nos compagnons, qui nous font confiance les yeux fermés.
Pour plus de détails sur les nourritures «maison» vous pouvez consulter les sites internet suivants:
www.balance-it.com
www.hylarywatson.com
www.petdiet.com
Références
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